BBurundi TravelFR · EN
Explorer

Le lac Tanganyika : le guide complet de la mer intérieure du Burundi

11 décembre 2023
Accueil › Explorer › Lac Tanganyika au Burundi : le guide du voyageur

En arrivant à Bujumbura, c'est l'eau que l'on remarque avant tout le reste. L'air est doux et humide, et depuis les collines de la ville l'horizon n'est qu'une longue bande bleue. Ici, le lac Tanganyika n'est pas un décor : c'est là que se passent les après-midi, c'est de là que vient le dîner, et c'est la raison pour laquelle la capitale se trouve à cet endroit.

Pour un voyageur, il sert de boussole. Passez quelques jours au Burundi et vous finirez sur ses rives, pour une sortie en bateau, une assiette de poisson grillé, ou simplement pour la demi-heure qui précède le coucher du soleil, quand le lac entier vire au cuivre.

Un lac sans équivalent

Le lac Tanganyika s'étire sur 673 kilomètres, ce qui en fait le plus long lac d'eau douce du monde. Il est partagé entre quatre pays — le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et la Zambie — et il se comporte bien davantage comme une mer intérieure que comme un lac : sa propre météo, sa propre houle, et des vagues qui déferlent pour de bon sur la plage.

C'est aussi le deuxième lac le plus profond de la planète après le Baïkal, avec 1 470 mètres. Et il est ancien : son bassin central s'est formé il y a entre neuf et treize millions d'années, ce qui le place parmi la vingtaine de lacs véritablement anciens du monde. La plupart des lacs où vous avez nagé ont été creusés après la dernière glaciation. Celui-ci évolue sans interruption depuis bien avant qu'il y ait des humains pour s'y baigner.

Cet âge explique la vie qu'il abrite. Des centaines d'espèces de poissons n'existent qu'ici : les cichlidés, à eux seuls, ont rendu le lac célèbre auprès des biologistes et des aquariophiles du monde entier. Plusieurs d'entre elles finissent dans les assiettes des restaurants de la rive — nous y venons.

Un détail compte pour qui monte dans un bateau : le fond s'effondre très vite. À quelques kilomètres seulement du rivage de Bujumbura, l'eau dépasse déjà les mille mètres de profondeur. On quitte le port dans des eaux claires et peu profondes et, le temps d'une conversation, on se retrouve au-dessus d'un gouffre.

Le lac à Bujumbura

La capitale burundaise est posée directement sur l'eau, et c'est la raison pratique d'en faire son point de départ plutôt que n'importe quel autre point du lac. Aucun long trajet par la route entre l'arrivée et la mise à l'eau : sorties en bateau, croisières au coucher du soleil, parties de pêche et une succession de plages sont à portée de ville.

Les plages au nord de la ville en sont le cœur : du sable, des parasols, de la Primus fraîche, de la musique, du poisson grillé qui arrive sur des tables en bois, les familles dans l'eau le week-end. L'ambiance est sans hâte. Personne ne vous vend quoi que ce soit avec insistance.

La fin d'après-midi est le moment à ne pas manquer. Le soleil descend derrière les montagnes du Congo, sur l'autre rive, l'eau s'aplanit, et la lumière fait quelque chose que les photos ne retiennent jamais tout à fait. Habitants comme visiteurs en ont fait un rendez-vous quotidien.

Ce qui donne son caractère au lieu, c'est le contraste. On peut boire quelque chose de frais sur une plage soignée quinze minutes après avoir quitté l'aéroport, et à peine plus loin au large le lac est resté aussi sauvage qu'il l'a toujours été : profond, ancien, et peuplé de ce qui était là avant nous.

Le poisson pour lequel on vient

Manger au bord du lac, c'est la moitié de la raison d'y aller. Les restaurants de la rive cuisinent ce qui est sorti de l'eau le matin même, et la carte est courte pour une bonne raison. Plusieurs de ces espèces ne vivent nulle part ailleurs : nous détaillons les poissons du lac Tanganyika si vous voulez savoir ce que vous mangez.

  • Le mukeke — celui à commander en premier. Grillé entier, servi avec des bananes plantain ou des frites.
  • Le ndagala — petit poisson argenté, entre la friture et la sardine, frit jusqu'à être croustillant et mangé entier, à la poignée.
  • Le sangala — le gros, à chair ferme, généralement servi en épaisses darnes grillées.
  • Le tilapia — le plus familier, rôti sur les braises avec tomates et oignons.

Commandez le poisson, laissez-lui le temps qu'il faut, et installez-vous face à l'eau. C'est le repas le plus burundais qui soit, et il vous coûtera très peu.

Peut-on se baigner dans le lac Tanganyika ?

Les gens s'y baignent tous les jours. Mais c'est un lac sauvage, pas une piscine d'hôtel, et la question mérite une réponse franche plutôt qu'encourageante.

Hippopotames et crocodiles fréquentent les mêmes hauts-fonds qui paraissent si engageants, en particulier près des embouchures de rivières et à l'écart des plages animées. La bilharziose, un parasite transmis par des escargots d'eau douce, est présente par endroits. Rien de tout cela n'interdit la baignade ; tout cela impose de demander avant.

La règle qui marche : nagez là où les clubs de plage, les hôtels et les piroguiers vous disent que c'est sans danger, et nulle part ailleurs. Ils savent quelles portions sont fréquentées chaque jour et lesquelles ne le sont pas, et ce savoir local vaut mieux que n'importe quel conseil général, y compris celui de cette page. Une eau calme et claire ne dit rien de ce qu'elle contient.

Quand venir

L'année se partage en deux. La saison sèche, de juin à septembre environ, montre le lac sous son meilleur jour pour en profiter sur l'eau : ciel dégagé, couchers de soleil fiables, journées chaudes, tous les bateaux en service. C'est aussi la période où viennent la plupart des visiteurs.

La saison des pluies, d'octobre à mai, apporte de fortes averses en fin de journée et donne aux collines alentour un vert extraordinaire. Il y a beaucoup moins de monde, la lumière après l'orage est remarquable, et les prix sont plus doux. Si un après-midi interrompu vous dérange moins que la foule, c'est une bonne période pour voyager.

Rejoindre l'eau est simple dans les deux cas : l'aéroport international de Bujumbura se trouve à un quart d'heure de la rive, et la route du lac file vers le nord le long des plages. Le dollar américain est accepté dans les grands hôtels et les clubs de plage, et quelques mots de français suffisent largement au quotidien.

Pêcher dans le lac

Le lac Tanganyika est une vraie destination de pêche sportive — on y vient pour la perche du Nil et le poisson tigre goliath — mais ce n'est pas un endroit où improviser.

Passez par un opérateur agréé. Votre permis est délivré à son nom et compris dans le prix de la sortie ; louer un bateau et pêcher de son côté attire de vrais ennuis avec les autorités. Un bon opérateur sait en outre où se trouvent les tombants, ce qui compte ici plus qu'ailleurs.

Il existe aussi une fermeture annuelle. Pour protéger la reproduction du mukeke, du ndagala et d'autres espèces, la pêche est restreinte ou suspendue pendant une période chaque année, généralement située entre mai et août. Les dates exactes bougent d'une année à l'autre selon l'état des stocks. Si la pêche est la raison de votre voyage, faites confirmer les dates de l'année par votre opérateur avant de réserver vos vols : cette période chevauche la plus belle météo.

Le voyage en vaut la peine

Le lac Tanganyika appartient à cette catégorie rare de destinations : vraiment sauvage, et vraiment accessible. On peut manger un mukeke grillé les pieds dans le sable en regardant le soleil tomber derrière les montagnes congolaises quelques heures après avoir atterri — et flotter le lendemain matin au-dessus d'un kilomètre d'eau ancienne.

Traitez-le avec un peu de respect, et il vous rendra davantage que presque partout ailleurs dans la région.