Un musée range les instruments burundais avec les objets d'art. C'est une erreur de rayon. Au Burundi, la plupart de ces objets étaient des outils : un tambour qui disait quand semer, une flûte qui tenait les voleurs à distance dans le noir, une petite cloche qui disait au chasseur où était son chien. Le son servait à quelque chose, et ce quelque chose était généralement la survie.
C'est aussi ce qui rend ces objets intéressants à regarder de près. Les dimensions, les matériaux, la façon dont une cloche est fendue : tout vient d'un usage précis.
Le tambour était un calendrier
Les tambours royaux n'étaient pas un spectacle. Ils étaient réglementés, fabriqués et frappés par des familles particulières, les Batimbo, et servaient à annoncer ce que le pays devait savoir : une intronisation, des funérailles royales, la fête des récoltes. En annonçant ces moments, les batteurs donnaient aussi le rythme de l'année agricole. L'administration politique et la mesure du temps étaient le même objet.
Le plus vénéré était le karyenda, gardé dans un sanctuaire et sorti très rarement. Sa sortie principale était liée aux cultures : les rites de l'umuganuro, qui célébraient la première récolte de sorgho. Le karyenda ne voyageait pas — c'est le rukinzo qui accompagnait le roi dans ses déplacements. Notre page sur les tambours royaux raconte l'instrument lui-même, partie par partie.
À Gishora, deux tambours qu'on ne frappait jamais
Le site de Gishora se comprend mieux comme un centre de commandement agricole que comme un dépôt d'objets. Il abrite deux tambours rituels qui ne résonnaient pas : Ruciteme, « celui pour qui nous défrichons la forêt », et Murimirwa, « celui pour qui nous cultivons ».
Leur silence était le sujet. Leur valeur n'était pas acoustique mais latente, et leurs noms attachent directement le travail de la terre à la fonction de fertilité du roi. Le site gardait par ailleurs des tambours ordinaires, les Ingendanyi, que les Batimbo pouvaient frapper lors des grandes occasions — de quoi faire le travail de communication sans rompre le silence des deux autres.
La flûte du berger
Loin de la cour, le son faisait un travail plus simple et plus urgent. L'umwironge est une flûte taillée dans la tige de la plante intomvu. Elle mesure entre 49 et 75 centimètres et porte généralement de deux à cinq trous de doigt ronds, les inoboro, percés sur sa partie basse.
Elle passait le temps, oui. Mais elle était jouée d'abord — et à l'origine uniquement — par les bergers, le soir et la nuit, pour tenir à distance les voleurs de bétail et les prédateurs. Un son continu dit à ce qui rôde qu'il y a quelqu'un. Ensuite seulement elle est passée du côté social, où elle accompagne les danses akagitari et urwagitari.
La cloche du chasseur
L'inzogera est l'objet le mieux conçu de la liste. D'après la collection d'instruments du Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, elle mesure 6 à 8 centimètres et porte sur sa face inférieure une fente étroite de 5 à 15 millimètres. À l'intérieur : un caillou ou une petite bille de métal, l'umurebe. La fente est délibérément trop étroite pour que la bille sorte — c'est ce qui fait qu'elle sonne encore après des heures de course.
Une cordelette passe par deux petits trous au sommet et attache la cloche à une lanière de cuir, l'umukoba. On l'attache au chien. Le bruit dit au chasseur où est son chien, et fait en même temps lever le gibier caché. L'inzogera se retrouve aussi dans le culte Ryangombe.
Ce que chaque objet faisait
| Instrument | De quoi il est fait | À quoi il servait |
|---|---|---|
| Karyenda | Bois et peau | Gouverner et dater l'année agricole — les rites de la récolte du sorgho |
| Umwironge | Tige d'intomvu, 49 à 75 cm, 2 à 5 trous | Garder les troupeaux la nuit ; plus tard, accompagner la danse |
| Inzogera | Cloche sphérique en métal, bille (umurebe), lanière de cuir (umukoba) | Suivre les chiens à l'oreille et lever le gibier |
| Ikembe | Lamelles de fer sur une caisse de bois évidée | Jouer seul, en marchant, pour soi |
L'ikembe, et la main qui le fait
L'ikembe est un lamellophone : des lamelles de fer fixées sur une caisse rectangulaire. La caisse se creuse par le côté dans un bloc de bois tendre, puis se referme par une bande de bois scellée à la résine, au caoutchouc ou au miel. Avant de sceller, on glisse quelques graines ou cailloux à l'intérieur, qui ajoutent leur propre bruit.
Sa fabrication est historiquement l'affaire des Twa, la plus petite des composantes de la population burundaise, même si l'instrument se joue bien plus largement. C'est l'un des rares objets du pays dont on peut dire avec précision qui le fait et qui en joue, et les deux réponses ne sont pas les mêmes.
Le lait qu'on ne fait pas bouillir
Là où l'on vivait du troupeau, le bétail est devenu la mesure de tout : le statut, la sécurité, ce qu'on possède. Des habitudes se sont construites autour de cette dépendance, et certaines tiennent encore. Dans plusieurs régions, faire chauffer ou bouillir le lait reste tabou : l'idée est que chauffer le lait nuirait à ce que la vache donnera ensuite. On peut y voir une superstition ; c'est surtout une règle domestique sortie d'une économie.
Boire au même récipient
Le travail collectif a laissé sa trace dans la manière de se réunir. Dans les fêtes comme dans l'ordinaire, on boit le vin de banane et la bière de fabrication locale, parfois à la paille et dans un seul grand récipient posé entre tous. Ce n'est pas un détail pittoresque : partager le contenant est la façon la plus directe de redire, chaque fois, qui fait partie du groupe.
Ce qu'il en reste
Les tambours sont allés sur les scènes du monde, la flûte de berger s'entend moins, et personne ne suit plus son chien à la cloche très souvent. Mais si vous écoutez une performance à Gishora ou si vous regardez un ikembe de près dans un musée, l'objet vous dit encore à quoi il servait : les dimensions, la fente, la bille à l'intérieur. C'est de l'outillage avant d'être de la musique, et c'est ce qui le rend bien plus intéressant.